Interview de Caroline Giraud

Présentation auteur :

Caroline Giraud, anciennement appelée Rodrigue Lancai, et il y a encore plus longtemps d'un autre nom gardé secret pour que les espions ne la repèrent pas, aime change d'identité, de vêtements et de couleur de cheveux. Comme elle fait des études mortellement inutiles, à savoir philosophie et bibliothèque, elle a le temps d'écrire beaucoup, beaucoup, des textes qui vont du roman fantastique pour ados aux essais sur l'euthanasie. Sympathique, cannibale et légèrement étrange, elle ne mordra pas les fans qui lui feront l'honneur d'aimer sa page.
 
 
 
 
 
 
1- Depuis quand écrivez vous ?
Bonjour ! Alors, j’ai commencé à écrire il y a très longtemps… Ce doit être Pokémon qui m’a le plus inspirée, puisque j’écrivais des petites histoires de Pokémon à l’école primaire. Avec des dessins que je faisais aussi, bien sûr ! Quand je suis entrée au collège, j’ai voulu écrire un roman. Ça faisait 26 pages manuscrites et ça parlait d’un loup-garou dans le collège (le loup-garou, ma grande passion de l’époque). Puis il y a eu une histoire bizarre de voyage dans le temps avec un monstre qui ressemblait à un chameau, une petite fille qui se transformait en renard (oui, j’aimais beaucoup les animaux…) et enfin le premier qui a été publié, Mary Hist et son voyage chez les pirates. J’avais 13 ans quand j’ai écrit ce livre, presque 14 ans à sa sortie. Etant donné que j’ai presque 24 ans… c’était il y a exactement dix ans !
 
2- A quel public s'adresse votre/vos livre(s) ?     
A part le premier qui est pour les enfants ou jeunes ados (en même temps, j’avais 13 ans quand je l’ai écrit…), les suivants sont pour ados. Depuis que j’ai repris mon vrai nom pour écrire et que je me suis lancée dans l’autoédition sérieusement (je dis « sérieusement » parce qu’avant j’étais plutôt timide et je n’essayais pas du tout de me faire lire…) je m’adresse principalement à des lycéens. Il y a un fond de philosophie qui correspond au programme du bac dans chacun de mes romans. Je pense même en écrire un avec le maximum de références possibles explicites, si ça peut aider les élèves… ça me fait plaisir !

3- Quelles sont vos sources d'inspiration ?  
C’est difficile de donner mes sources d’inspiration puisque je n’en ai pas vraiment de stable, et mes propres romans sont extrêmement différents d’un livre à l’autre… je lis très peu de romans pour ado, je préfère de loin la grande littérature… mais je ne peux pas écrire de la grande littérature, c’est au-dessus de mes capacités. Comme je l’ai dit, il y a toujours en arrière-plan de mes histoires une certaine thèse philosophique tirée d’un des auteurs et des thèmes du programme du bac, que je connais bien puisque je suis prof de philo en lycée. Mais pour ce qui est de l’inspiration de l’histoire de surface proprement dite, je ne sais pas du tout. Parfois j’ai une idée qui vient, et j’écris, mais je n’y réfléchis jamais. Et comme « écrivain » n’est pas du tout mon métier, ni même un métier dont je voudrais vivre, parce que je suis beaucoup plus passionnée par l’enseignement, je n’ai jamais besoin de me casser la tête à chercher ce que je vais devoir raconter dans mon prochain livre puisque, après tout, s’il n’y a jamais de prochain livre, ce n’est pas grave !
 
4- Sur quel(s) support(s) écrivez vous ? Papier ou numérique ?   
J’écris essentiellement sur l’ordinateur. Quand j’étais étudiante j’écrivais aussi sur papier… ben, j’écrivais en cours, quand je m’ennuyais :-D Maintenant je n’ai plus de raison de le faire.

5- Où et quand préférez vous écrire ?    
« Où » c’est facile, à mon bureau. D’expérience, je constate que c’est plutôt l’été, ce doit être le soleil qui m’inspire… mais je ne peux pas donner de période ni même de jour de la semaine parce que j’ai un rythme d’écriture très irrégulier. Je mets en moyenne un mois et demi à écrire le premier jet d’un roman entier (d’une centaine de pages A4), mais ensuite, je n’écris plus rien pendant un an. L’envie d’écrire me vient par « flash », et à d’autres moments, je n’ai pas envie d’écrire du tout, ou alors j’ai simplement envie de retravailler un des romans dont j’ai déjà le premier jet, ou encore d’en publier un qui est écrit depuis longtemps. Tout dépend mon humeur, et l’avantage du fait que ce ne soit pas mon travail, et que je n’ai pas de maison d’édition derrière, c’est que je suis entièrement libre.
 
6- Combien de livre(s) avez vous publié pour l'instant ? 
J’ai publié… laissez-moi recompter… un roman pour enfant sous mon vrai nom, puis trois romans pour ados sous un pseudonyme, et mes deux récents, plus philosophiques, de nouveau sous mon vrai nom. Ce qui fait six.
 
7- Dans quelle(s) maison d'édition ?
Le tout premier était chez Publibook, un éditeur que je vous déconseille puisqu’il est faussement à compte d’auteur. Leur grand point fort étant qu’ils savent merveilleusement bien rédiger une quatrième de couverture (et qu’ils le font eux-mêmes). Ça donne vraiment envie de lire. Mais c’était plus un cadeau de mes parents qu’une vraie publication. Les trois suivants, sous le pseudonyme de Rodrigue Lancai, publiés chez Edilivre, que je vais vous déconseiller une fois de plus. Ce qui peut paraître attirant c’est que c’est gratuit, du moment que vous ne demandez pas des services facultatifs (couverture personnalisée, correction orthographique…) Mais croyez-moi, le boulot qu’ils font pour l’édition, vous pouvez le faire chez vous en 30 minutes maximum (si vous êtes vraiment mauvais en informatique) et ensuite, ils vendent les livres à des prix exorbitants. C’est pour ça qu’en dernier lieu, très récemment, j’ai choisi l’autoédition en passant par un imprimeur à la demande, Bookelis. C’est tout aussi gratuit qu’Edilivre, mais en choisissant le prix auquel on souhaite vendre et sans céder le moindre droit. Car petite info : Edilivre prend vos droits.
 
8- Quel est votre rêve ?    
Euh… Bonne question. Je ne sais vraiment pas quoi dire. J’avais bien un rêve qui était d’être prof de philo, et il s’est réalisé, alors j’en profite, avant que ne naisse un nouveau rêve…

9- En combien de temps écrivez vous un livre ?    
J’ai déjà répondu malgré moi… en général je passe un ou deux mois sur le premier jet, mais ensuite, pour ce qui est de la correction, réécriture et finition, ça peut aller jusqu’à… quatre ans. Pour l’instant, quatre ans que je travaille un roman que j’ai écrit quand j’étais en prépa et que je m’ennuyais en cours. Mais je sens que je touche au but… bientôt, il sera terminé, ne vous en faites pas !

10- Trouvez-vous qu'écrire soit difficile ?
Non ! En tout cas, pas quand on est dans mon cas, qu’on n’a pas de pression parce qu’on ne joue pas sa carrière dessus. Quand je me mets à écrire, c’est sous le coup d’une impulsion, alors ça va très vite et tout seul. Tellement tout seul d’ailleurs que quand j’écrivais La Loi de Gaia, j’étais censée réviser pour le Capes de philo, mais j’en étais incapable, je n’avais plus que le livre dans la tête.
 
11- N'avez vous pas peur des réactions lors de la lecture de vos livres ?  
Pas du tout, au contraire. Je n’ai pas peur des avis parce qu’en général, même si ça fait toujours plaisir, je n’y accorde pas une très grande importance. Je ne dis pas que je n’aime pas avoir d’avis : bien au contraire, je propose mon livre au maximum pour en avoir le plus possible, parce que c’est rigolo (ouais, rigolo) de voir des inconnus parler de mes livres. Ce que je veux dire, c’est que je ne vais pas être super émotive devant un avis, qu’il soit positif ou négatif. Les avis me font plus réfléchir qu’autre chose : est-ce que j’ai bien réussi à produire ce que je voulais ? Est-ce qu’ils ont bien compris ce que j’ai écrit tel que je l’imaginais ?
 
12- Quelles sont les réactions de vos lecteurs qui vous ont le plus touchée et celles qui vous ont le plus énervée ? 
Ce que j’aime dans une réaction de lecteur, c’est d’entendre dire qu’il a compris de quoi parlait véritablement mon livre. Depuis un certain temps, j’écris pour les ados, mais avec comme arrière-pensée la thèse d’un philosophe. Dans Si la parole était d’or, le problème ne se posait pas puisque je cite explicitement et plusieurs fois les Propos sur le Bonheur d’Alain. Mais pour La Loi de Gaia, j’ai eu de tout… et très peu (une seule même j’ai envie de dire) qui ait compris le contexte réel dans lequel se passait l’histoire. Finalement, les critiques les plus enthousiastes ne sont pas celles qui me touchent le plus parce que, du fait qu’elles sont enthousiastes, elles sont aveugles. Pas au sens où elles seraient absurdes, loin de là ! Mais quand on se laisse porter par l’histoire de premier plan, on ne voit pas ce que j’ai longuement travaillé derrière et, croyez-moi, je travaille derrière. Beaucoup.  En général, une critique de lecteur ne m’ « énerve » pas, au contraire. J’ai peut-être été un peu dérangée par un avis de lecteur disant que tel élément n’était pas expliqué dans La Loi de Gaia alors que je réexplique à trois reprises dans le livre, justement parce que mes relecteurs avaient du mal à saisir. Mais les critiques négatives sont souvent plus subtiles, parce que ceux qui n’aiment pas savent pointer du doigt précisément les détails qu’ils n’ont pas aimés, et j’ai remarqué souvent que, étrangement, ces détails étaient ceux que les autres n’avaient pas perçus, à mon grand regret. Au travers de l’histoire de surface qui est rarement très originale, je fais un grand travail de fond sur le style ou sur le déroulement de l’histoire, et c’est uniquement quand ça ne plaît pas que ça ressort… à part pour une seule critique que j’ai eue pour le moment (qui n’est pas encore sortie publiquement il me semble…) mais est-ce que je peux encore appeler ça une critique ? C’était carrément une analyse littéraire, et ça, ça me plaît ! Mais justement, puisque je n’ai rien à dire sur ce qui m’aurait « énervée », je vais parler de quelque chose qui m’a vraiment déçue sur cette critique-analyse-littéraire. Alors que de nombreux effets avaient été remarqués, un personnage a été délaissé comme le « grand défaut » du livre sous prétexte qu’il était trop plat et sans profondeur. Petite déception parce que c’est en fait le personnage que j’ai le plus travaillé et qui m’a donné le plus de mal, et peut-être même le personnage qui subit la plus grande transformation psychologique de l’histoire. C’est un personnage qui se bat tout au long du livre entre le confort de la bonne conscience qu’il aimerait garder, et la prise de conscience de l’acte fondamentalement immoral qu’il a commis sans s’en rendre compte et qui est le point de départ de l’histoire. Alors pourquoi une lectrice aussi fine ne l’a-t-elle pas compris ? Parce que je ne suis pas Victor Hugo ! Je vais vous expliquer : quand je lis Victor Hugo et qu’un élément me semble plat, inutile, vide de sens… je ne me dis pas « là il a fait n’importe quoi », parce que je sais que c’est Victor Hugo et que si ça me semble plat, c’est probablement que je n’en ai pas compris l’intérêt. Alors je relis, je réfléchis, et je finis par comprendre le choix. Mais comme je ne suis pas Victor Hugo mais juste Caroline Giraud et que la postérité littéraire ne m’a pas désignée comme « auteur qui fait attention à chaque mot, à chaque syllabe qu’il écrit » - et ce n’est pas tout à fait le cas, ne vous inquiétez pas -, personne ne va partir du principe que si un personne a l’air vide, c’est parce qu’il n’a pas compris. Et je ne peux pas en vouloir au lecteur, après tout, j’ai peut-être tout simplement raté mon coup ! Mais je sais pourquoi il n’est pas évident de voir que c’est un personnage qui évolue. Je vais donner mon point de vue en utilisant leur prénom, ce sera plus simple.  La Loi de Gaia est racontée du point de vue de Sarah qui, victime de l’erreur de Milian, choisit de le détester sans lui laisser la moindre chance. Comme c’est du point de vue de Sarah, si Milian s’efforce tout au long de l’histoire de lutter contre l’envie de fuir ses responsabilités et le devoir de les assumer, Sarah refuse de le voir et donc le lecteur ne peut pas le voir non plus ; Sarah refuse de croire qu’il a une conscience morale, Sarah décrit du début à la fin le même homme, complètement superficiel. Et comme l’histoire est de son point de vue, c’est aussi ce que le lecteur va penser. Et d’un coup, Sarah, qui bien que la narratrice est loin d’être un personnage empli de qualité, parce qu’elle est en danger de mort et qu’il vient la sauver, voit brusquement en lui un prince charmant. Mais ce n’est pas Milian qui est passé d’un coup du connard au prince charmant : c’est simplement un déblocage du côté du narrateur. Alors, c’est difficile à percevoir, et je suis déçue de la réaction de ma lectrice parce qu’il m’en a fallu, du temps, pour laisser entrevoir l’évolution de Milian tout en conservant le point de vue de déni de Sarah. Déçue parce que cette lectrice a parfaitement bien analysé tout le reste et a même soulevé des choses que je n’avais moi-même pas vraiment remarquées. Je me suis un peu étendue, mais puisque j’avais une occasion de réagir à une chronique, j’en ai profité^^
 
13 - Un petit mot pour vos lecteurs ? :D 
Allez mettre des commentaires sur Amazon !!! Non, ce n’est pas une obsession pour Amazon, c’est juste que des proches qui n’y connaissent pas grand-chose vont avoir l’impression que je suis une pure star s’ils voient beaucoup de commentaires Amazon.  En tout cas, ce que je peux dire, c’est merci d’être mes lecteurs, d’avoir pris la peine de lire, et j’espère que bientôt j’aurais un nouveau roman à vous faire découvrir (celui que j’écris depuis quatre ans, par exemple…)


 
Retrouvez aussi Caroline sur son site ! :)

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